de Anton Tchekhov ; mise en scène Piotr Fomenko ; avec les comĂ©diens de l’Atelier Piotr Fomenko.
CrĂ©ation de l’Atelier Piotr Fomenko - coproduction Le Volcan, Scène nationale du Havre - Festival Théâtre en RĂ©gion Haute-Normandie.
Avec le soutien de la VNECHTORGBANK, de la Banque nationale de RĂ©serve de Russie, de OAO « Mosenergo » et de l’Office national de diffusion artistique.
L’an dernier, Le Volcan accueillait une lĂ©gende vivante du théâtre russe, Piotr Fomenko. A travers ses deux spectacles Guerre et paix et Le Bonheur conjugal, le public normand dĂ©couvrait un très grand metteur en scène et un exceptionnel directeur d’acteurs. Ce qu’il donne Ă voir sur un plateau est lumineux, jusqu’Ă cette langue russe qu’on a soudain l’impression de comprendre !
A plus de soixante-dix ans passĂ©s, tout entier habitĂ© par son art, Fomenko continue d’Ă©clairer sa vie Ă la lumière des grands classiques du théâtre russe. C’est lĂ qu’il trouve, dit-il, "une vraie vĂ©ritĂ© du théâtre ", lui qui a connu la censure des annĂ©es soviĂ©tiques, lui qui "a mesurĂ© le degrĂ© de l’absence de libertĂ© et celui du mensonge suprĂŞme ". Avec les "Fomenki ", sa fidèle troupe d’acteurs - d’ anciens Ă©lèves de l’Ă©cole du GITIS Ă Moscou, oĂą il enseignait -, il monte aujourd’hui Les Trois sĹ“urs de Tchekhov."
Nous en parlons depuis quinze ans, soulignent les Fomenki ; maintenant nous sommes prĂŞts. "PrĂŞts... mais dĂ©pouillĂ©s de tous les stĂ©rĂ©otypes qui courent sur la pièce et sur Tchekhov ; c’est ainsi que les veut Fomenko. La plupart des metteurs en scène nous font entendre" la petite musique nostalgique" de Tchekhov, son humour, un Tchekhov tout en lyrisme et en demi-teintes ; Ă cette lecture - qui trouve racine dans la tradition du théâtre d’art et des mises en scène de Stanislavski - Fomenko entend tourner le dos. Tchekhov n’est pas un auteur lĂ©ger, ses personnages ne disent jamais de futilitĂ©s et Les Trois sĹ“urs est une pièce sĂ©rieuse. Nous voilĂ prĂ©venus...
La pièce
Recluses dans leur maison familiale, Olga, Macha, et Irina n’ont qu’un rĂŞve : retourner Ă Moscou. La prĂ©sence d’une batterie et de ses officiers dans leur petite ville de province change, pour un temps, le cours de leur vie : Macha, victime d’un mariage prĂ©coce, s’amourache du commandant, Olga trouve un regain d’Ă©nergie et Irina se fiance Ă un lieutenant. Mais, bientĂ´t, avec le dĂ©part des troupes et la mort en duel du fiancĂ© d’Irina, la solitude revient, d’autant plus pesante qu’elle est dĂ©pouillĂ©e d’illusions...
En 1900, lorsqu’il Ă©crit Les Trois sĹ“urs, Tchekhov est au sommet de sa gloire. Il est, avec TolstoĂŻ, l’Ă©crivain russe le plus cĂ©lèbre au monde. Son Ĺ“uvre littĂ©raire, et dramaturgique commencĂ©e très tĂ´t avec la publication de recueils de nouvelles - qui lui ont notamment permis de financer ses Ă©tudes de mĂ©decine - s’est doublĂ©e d’une Ĺ“uvre dramaturgique enfin reconnue. Le succès de La Mouette et d’Oncle Vania incite Stanislavski et Dantchenko, qui ont fondĂ© en 1897 le Théâtre d’art de Moscou, Ă lui demander d’Ă©crire une nouvelle pièce. Ce sera Les Trois sĹ“urs. Tchekhov Ă©crit le rĂ´le de Macha Ă l’intention de l’actrice Olga Knipper dont il est tombĂ© amoureux. Il se sait Ă ce moment-lĂ atteint de tuberculose et gravement malade (il meurt en 1904).
La première lecture des Trois sĹ“urs laisse les acteurs perplexes : ce n’est pas vraiment une pièce, c’est une sĂ©rie de tableaux... C’est injouable, il n’y a pas de rĂ´les... La première reprĂ©sentation, le 31 janvier 1901, sur la scène du Théâtre d’Art, provoque l’enthousiasme des critiques libĂ©raux mais l’indignation des conservateurs. Plus longue que ses autres pièces (Ă l’exception du " monstre" Platonov), plus Ă©nigmatique et plus dĂ©routante, Les Trois sĹ“urs occupe une place un peu Ă part dans l’Ĺ“uvre de Tchekhov, comme une Ă©tape avant La Cerisaie, en suspens entre deux mondes. Inscrite dans le vertige du temps, entre passĂ© et futur, emblème d’une Russie au bord du gouffre, dans une fin de siècle en proie Ă une immense dĂ©tresse.
Quelques citations
Oh, mes sĹ“urs, mes chĂ©ries, notre vie n’est pas encore terminĂ©e. Nous vivrons ! La musique est si gaie, si joyeuse ; encore un peu, on croirait savoir pourquoi l’on vit, pourquoi l’on souffre... Si l’on pouvait savoir ! Si l’on pouvait savoir !
Olga (acte IV)
Est-ce que tu joues bien, mon cĹ“ur ? AĂŻe, fais attention ! Ne prends d’expression affligĂ©e dans aucun des actes. FâchĂ©e oui, mais pas affligĂ©e. Les gens qui portent en eux le chagrin depuis longtemps ont fini par s’y habituer, ils sifflotent seulement de temps en temps et sont souvent pensifs.
Extrait d’une lettre de Tchekhov Ă Olga Knipper le 2 janvier 1901
(Olga répète alors le rôle de Macha dans Les Trois sœurs)
Dans l’Ĺ“uvre de Tchekhov passe un cortège d’esclaves, esclaves de leurs amours, de leur bĂŞtise, de leur paresse ou de leur aviditĂ© de bien-ĂŞtre, esclaves d’une peur obscure de la vie, vaguement troublĂ©s, remplissant leur existence de discours dĂ©cousus sur l’avenir parce qu’ils sentent qu’il n’y a pas de place pour eux dans le prĂ©sent. Certains forment de jolis rĂŞves sur la beautĂ© de la vie dans deux cent ans mais personne ne se pose cette simple question : qui donc la rendra belle, si nous nous bornons Ă rĂŞver ? A cĂ´tĂ© de cette foule grise et ennuyĂ©e d’ĂŞtres impuissants, est passĂ© un homme grand, intelligent, attentif. Il a jetĂ© un regard sur ces mornes habitants de sa patrie et dĂ©chirĂ© de dĂ©sespoir, sur un ton de doux mais profond reproche, il leur a dit avec un triste sourire, d’une belle voix sincère : " Que vous vivez mal, messieurs !" / Maxime Gorki
Quand toute une région lit les à haute voix...
L’initiative Ă©tait inĂ©dite : proposer Ă un vaste public de s’adonner trois mois durant au plaisir du " travail Ă la table", qui consiste Ă lire une pièce et Ă en explorer les ressorts dramaturgiques. Pari tenu ! Vingt-quatre tables de lecture se sont mises en place, dissĂ©minĂ©es sur le territoire haut-normand : Eu, Pont Audemer, Rouen, FĂ©camp, Yvetot et Le Havre. Riches de dix Ă quinze participants chacune, elles regroupent ici des lycĂ©ens, lĂ des Ă©tudiants en russe, des Ă©lèves du Conservatoire d’art dramatique, des particuliers, des ateliers théâtre, des troupes de théâtre amateur, des membres d’associations diverses. EmmenĂ©es par des comĂ©diens professionnels, ces tables se clĂ´tureront, bien sĂ»r, par des temps de rencontres privilĂ©giĂ©s avec les comĂ©diens de Piotr Fomenko.
Mardi 9 Ă 20h30,
mercredi 10 et jeudi 11 Ă 19h30,
vendredi 12 et samedi 13 mars Ă 20h30
Grand Volcan :
plein tarif 15€
abonnement petite croisière 13€
abonnement grande croisière 11€
tarif réduit (moins de 26 ans et chômeurs) 10€
abonné jeune 8€
Par tĂ©lĂ©phone au 02 35 19 10 20 aux horaires d’ouverture de la billetterie (paiement immĂ©diat par carte bancaire uniquement)
Par correspondance : service Billetterie Le Volcan - BP 1106 - 76063 Le Havre cedex